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La question de la reconnaissance et du financement des organismes
communautaires fait l'objet d'âpres débats au Québec et ailleurs depui
plus de 30 ans. Dans le contexte de transformation des
États-providence, qui a cours depuis les années 1980, ces débats se
sont intensifiés et ont pris une dimension politique fondamentale.
Vecteurs de privatisation et de démantèlement des services publics pou
les uns, acteurs importants du tiers secteur - aux côtés des secteurs
public et privé - participant au renouvellement des pratiques et des
politiques sociales pour les autres, leur évolution s'inscrit au cour
même des grands enjeux sociétaux qui traversent nos sociétés. Pourtant
la lecture qui a été faite jusqu'à présent de cette évolution tend à
occulter l'ampleur et la nature même des interactions dynamiques qui
ont, depuis leurs débuts, marqué les rapports des organismes
communautaires avec l'État québécois, notamment avec le ministère de l
Santé et des Services sociaux. À cet égard, rien peut-être ne rend
mieux compte de cette interaction dynamique de coconstruction des
politiques publiques que la mise en place du Programme de soutien aux
organismes communautaires (PSOC). Programme à vocation résiduelle
s'adressant à moins d'une centaine d'organismes au moment de sa
création en 1973, il constitue aujourd'hui le plus important programme
de financement du gouvernement québécois consacré aux milieux
communautaires, versant plus de 300 millions de dollars à environ 3000
organismes.
S'appuyant sur un impressionnant corpus de données
statistiques et documentaires ainsi que sur une quarantaine d'entrevue
effectuées auprès d'acteurs des milieux gouvernementaux et
communautaires, ce livre a pour ambition d'analyser l'essor des
organismes communautaires - et du PSOC - à travers toutes les phases d
développement de l'État-providence : de son émergence au début de
années 1970 jusqu'à son déclin (du moins, dans sa forme traditionnelle
et sa redéfinition au cours des années 1990 et 2000. Ce faisant,
l'auteur restitue à l'histoire des milieux communautaires toute sa
richesse et sa densité, tout en démontrant que leur reconnaissance
s'est construite à l'intersection d'intérêts parfois contradictoires,
mais toujours dans le cadre d'une interaction décisive avec l'État que
ni l'un ni l'autre des protagonistes n'a jamais réussi à maîtriser
totalement.